AVIS
Ouvrage Posthume de Jacques-Nicolas Lemmens publié par les soins de L'Abbé Joseph Duclos - 1886.

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MONSIEUR LEMMENS attachait beaucoup d'importance au volume que nous publions aujourd'hui : c'était son oeuvre de prédilection et comme la synthèse de ses aspirations religieuses.

Malheureusement pour l'art catholique, la mort ne lui a pas permis d'y mettre la dernière main; mais, si l'ouvrage n'est point terminé dans tous ses détails, il suffit cependant pour nous initier aux théories formulées par l'auteur sur le chant de saint Grégoire et l'harmonisation qui lui convient.

Nous avons suivis, dans cet ouvrage, la rédaction que M. LEMMENS avait dictée et annotée lui-même, avec le plus grand soin, deux mois avant sa mort. Nous avons respecté scrupuleusement le style simple, souvent original et toujours vigoureux du Maître. - Ce volume didactique est donc "son œuvre" dans toute la rigueur de l'expression.

M.LEMMENS n'abordait jamais une question musicale sans y imprimer la marque de sa brillante individualité. On en trouvera des preuves dans cet écrit.

L'art semblait n'avoir point de secrets pour le sagace musicien, et, si quelque chose au monde pouvait passionner son cœur pieux, c'était le chant, le vrai chant de saint Grégoire, et les purs enthousiasmes de l'orgue catholique !

Ce livre fera certainement époque dans les annales de la musique : on peut le considérer, à bon droit, comme le testament d'un des plus grands artistes du XIXe siècle.

Il a semblé rationnel de joindre aux oeuvres posthumes de M. LEMMENS une courte notice sur sa vie et ses travaux, et de la placer en tête du présent ouvrage.

Nous eussions souhaité que la rédaction de cette esquisse n'eût point été confié à l'un de ses élèves. Nous eussions souhaité surtout qu'une plume plus autorisée que la nôtre eût été chargée d'accomplir une tâche aussi délicate que difficile. Cependant, Madame Lemmens a bien voulu s'adresser à notre humble personne, et le désir d'exécuter les dernières volontés de notre Maître et de mener à bonne fin la publication de ses oeuvres, a fini par triompher de nos hésitations et de nos craintes.

Certes, le droit de juger M. LEMMENS n'appartient point à ses élèves : ce droit revient exclusivement aux princes de la critique et à l'histoire. Ne voulant pas départir de ce principe élémentaire des vraies convenances, nous nous sommes donc complètement abstenu de toute appréciation personnelle.

L'article que FÉTIS consacre à M. Lemmens, dans sa Biographie universelle des Musiciens (2° édition), a servi de base à notre travail. Fétis est, sans conteste, l'un des musicologues les plus célèbres et les plus compétents de notre époque, et nous n'avions guère à hésiter sur le choix d'un tel guide.

Il est à regretter, toutefois, que la notice écrite par l'ancien Directeur du Conservatoire de Bruxelles s'arrête à l'année 1862, et qu'elle ne retrace ainsi qu'une partie de la carrière artistique de M. LEMMENS. Comme article de Dictionnaire, elle est, elle devait être fort siccité, et nous avons dû y ajouter la relation de certains faits, sans laquelle l'intelligence complète de la vie du Maître ne nous semblait guère possible. Quand à ces additions, nous nous sommes exclusivement appuyé sur le témoignage des musicographes contemporains les plus autorisés. Tous ces musicographes, quelle que soit du reste la divergence de leurs opinions sur d'autres points, se réunissent pour acclamer le génie supérieur de M. LEMMENS. Dans de pareilles conditions, nous croyons remplir un pieux devoir envers la mémoire de notre vénéré Maître en reproduisant les principaux hommages que la presse musicale lui a rendus.

Il y a surtout une époque de la vie de l'illustre organiste, - et, à notre avis, c'est la plus importantes de toutes, - qui n'a pas été suffisamment décrite jusqu'ici : nous voulons parler de ses dernières années, consacrées tout entières à la diffusion de ses idées artistiques et religieuses.

Notre monographie devra donc entrer dans des détails circonstanciés sur l'origine, la fondation et le prodigieux développement de l' École de Musique religieuse établie à Malines. Elle devra suivre, pas à pas, les travaux de son zélé Directeur, jusqu'au moment où sa mort admirablement chrétienne est venue le ravir à l'affection de ses élèves, à la vénération réelle du monde musical et à la défense de la noble cause de l'art catholique.

Ici encore, nous nous sommes contenté d'exposer simplement les faits, de reproduire les documents authentiques que nous avions entre les mains, et de citer quelques appréciations de la presse.

Telle est également la règle que nous avons rigoureusement suivie dans le récit de la mort et des funérailles du grand artiste.

Nous espérons que, vu les motifs exposés plus haut, - motifs d'une nature si délicate, - le lecteur voudra bien nous excuser d'avoir recouru si fréquemment aux citations.

Il nous reste à remercier ceux qui ont eu l'extrême bienveillance de nous adresser, sur notre demande, des documents relatifs à la rédaction de cette Notice.

Nous sommes heureux de pouvoir citer ici M. ALPHONSE MAILLY, le savant et très sympathique successeur du Maître comme professeur d'orgue au Conservatoire royal de Bruxelles; M. ALEXANDRE GUILMANT, l'un des plus célèbres virtuoses et compositeurs de notre époque; M. ARTHUR LOTH, qui soutient vaillamment sur le terrain politique, la lutte que le regretté Directeur de l'école de Malines avait entreprise dans le domaine de l'art; enfin, M. ARISTIDE CAVAILLE-COL, que nous n'hésitons pas à appeler le roi des facteurs d'orgues de l'époque actuelle. C'est M. CAVAILLE-COLL qui, le premier, à la demande de FETIS, a présenté M. LEMMENS à Paris, en 1850; son nom restera associé au nom de celui qu'on a appelé, à juste titre, le premier des organistes de ce siècle.

Nous remercions également les anciens élèves de M. LEMMENS, nos très chers condisciples, qui se sont empressés de s'associer à notre travail, en nous fournissant des communications importantes : tous ont voulu contribuer, chacun pour sa part, à ce dernier hommage offert à leur Maître vénéré !

C'est vraiment un insigne honneur pour nous d'avoir été chargé par M. LEMMENS lui même, "la veille de sa mort", de surveiller la publication de ses ouvrages inédits sous le contrôle d'une commission de savants nommée ad hoc.

Nous croyons n'avoir rien omis pour remplir fidèlement cette grande et sainte mission.

L'ABBÉ JOSEPH DUCLOS,
ancien élève de M. LEMMENS
              


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